Les nuages s’amoncellent autour de SoundCloud

Le nuage de Soundcloud

Entreprise fondée en Allemagne il y a une décennie par deux passionnés, acteur historique de la musique en ligne, SoundCloud vit ces derniers temps des moments très difficiles, remettant en cause son existence.

Un modèle atypique

D’abord pensé en tant que plateforme de diffusion et d’échange pour les musiciens indépendants, les dispensant d’envoyer des fichiers par courrier électronique, Soundcloud a rapidement gagné en popularité auprès du grand public lui permettant plusieurs levées de fonds afin de financer son développement, au point de revendiquer 175 millions de visiteurs mensuels uniques en 2014.

Via un simple compte de base, il était possible d’écouter et de télécharger de la musique gratuitement, sans publicité. Ajouté à cela une communauté très active avec un taux d’écoute supérieur à ses principaux concurrents, le site se voulait plus qu’un simple répertoire de fichiers audio, mais aussi et surtout un réseau social. Une sorte de Facebook pour les passionnés de musique indépendante permettant d’entrer en contact avec d’autres artistes,.

Les Majors et la concurrence contre-attaquent

Bien évidemment, un tel système qui court-circuitait l’industrie musicale et ses revenus, en milliards d’euros, a suscité de nombreux grincements de dents. De menaces de procès en âpres négociations, SoundCloud a finalement dû rentrer dans le rang. Contrainte de reverser de copieuses royalties aux Majors (les grandes maisons de disque), cela a in fine totalement bouleversé son modèle de croissance jusqu’alors basé sur la gratuité.

Sont alors apparus la publicité (août 2014), les limitations de téléchargement, les comptes premium payants (mars 2016), entraînant la grogne et la défection des utilisateurs habitués au précédent modèle. D’autant plus que les concurrents, comme Spotify ou Deezer, ont depuis longtemps noué des accords avec les Majors leur donnant accès à un vaste catalogue de tubes, et pas uniquement de la musique indépendante, peaufiné l’expérience utilisateur de leur site respectif et optimisé leur offre commerciale ciblant le très grand public, et non plus seulement les passionnés à la pointe des nouveautés musicales. Aujourd’hui, ce que propose SoundCloud est désormais semblable aux autres, et souvent en moins bien.

Qui plus est, malgré cette marche forcée vers le modèle dominant, l’entreprise peine à générer du cash. La réduction de 50 % du prix de l’abonnement payant standard (SoundCloud Go) en février dernier est sans doute l’indicateur d’un succès mitigé, probablement bien en deçà du leader Spotify qui en compte 60 millions. Aussi, il devient de plus en plus difficile d’accroître les revenus publicitaires à des niveaux significatifs quand l’essentiel du marché mondial est capté par les géants comme Google et Facebook.

Au bord du précipice

Des comptes dans le rouge, l’entreprise n’a jamais été bénéficiaire au cours de son existence, de nombreuses rumeurs de rachat ont eu cours ces derniers mois, dont Spotify qui a jeté l’éponge en décembre 2016 et Deezer qui aurait étudié le dossier cette année. Mais aucune de ces rumeurs de rachat ne s’est concrétisée jusqu’à présent même si beaucoup d’analystes estiment que la consolidation du secteur est inévitable à moyen terme dans un marché aussi concurrentiel que celui de la musique en ligne.

En attendant, la société vient de frôler la banqueroute. Pourtant, en juillet, 173 employés (40% de ses effectifs) ont été licenciés et la moitié des bureaux ont été fermés, à San Francisco et à Londres. Mais ce fut hélas insuffisant puisque le mois suivant, à court de trésorerie, l’entreprise n’a échappé au dépôt de bilan que grâce à un accord de dernière minute avec ses actionnaires, la renflouant à hauteur de 140 M€. Le PDG et co-fondateur Alex Ljung aura réussi à sauver son bébé et sa place, mais pour combien de temps ?

Les problèmes demeurent et les analystes restent pessimistes quant à la capacité de l’entreprise à devenir bénéficiaire. Au mieux, pas avant 2020…

Un monde sans

Au-delà du problème social qu’engendrerait la disparition de la société, se pose la question de la production et de la diffusion de la musique que promeut à sa manière SoundCloud, hors des circuits traditionnels de l’industrie. Beaucoup d’artistes sont reconnaissants envers la plateforme d’avoir fait connaître leur musique, comme Chance The Rapper, triple vainqueur des Grammy Awards, qui a tweeté le 14 juillet 2017 qu’il serait « un artiste que vous ne connaîtriez pas sans SoundCloud ».

Parce que SoundCloud n’a pas d’équivalent, la plateforme représente aux yeux de certains artistes et passionnés le dernier refuge d’une certaine idée de la musique. Reste à savoir si, le vide laissé par une éventuelle disparition de l’entreprise pourrait s’avérer irréversible. Car les artistes eux-mêmes tendent aujourd’hui à délaisser la plateforme, conscients de pouvoir tirer davantage de revenus de leur musique ailleurs. Ironiquement, c’est peut-être les maisons de disques qui ont le plus intérêt à voir cette plateforme perdurer, limitant la consolidation des offres de musique en ligne, et ainsi rester en position de force pour la négociation des royalties. Alors que SoundCloud se voulait hors du Système, son salut pourrait finalement venir de celui-ci.

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